Et tout s’est arrêté

Et tout s’est arrêté

Après la longue attente hivernale, j’étais plus que remonté à bloc pour bien exploiter ce début de saison qui s’annonçait à peu près normal question météo. Toutefois, les conditions en ce début mai n’étaient pas optimales mais je suis tout de même parvenu à tirer mon épingle du jeu plusieurs fois avec quelques beaux poissons à la clé. Cette année je ne ferai plus de report de mes plus beaux poissons, il y a bien plus important dans la pêche que les statistiques bien qu’il faille de bonnes notions en Mathématiques pour résoudre l’équation en perpétuelle mouvement sur la réussite, plus ou moins aboutie, d’une journée de pêche.

Non là n’est vraiment pas mon but, car je viens de vivre, en ce Dimanche 18 mai, un de mes plus beaux moments de pêche… et que ça, ça mérite peut être davantage une belle histoire non ?

Il est 5h30, le jour me réveille à travers les carreaux tout embués de mon 4*4 dans lequel je viens de passer ma deuxième nuit du week end. J’enfile rapidement un jean et ouvre le coffre, le vent de Nord Est de la veille est complètement tombé. Ventilation à fond, le regard au niveau du tableau de bord pour rouler presque à l’aveugle, je rejoins le plan d’eau immense. Le lac est d’huile, il n’y a pas une âme humaine qui vive, la Nature s’éveille dans cette ambiance printanière et un renard, assis sur son derrière me regarde, paisiblement, me garer à quelques mètres de lui… le contexte est comme je l’aime…

Contrairement à la première partie du mois, le temps est au beau fixe pour cette session

Je mets le bateau rapidement à l’eau puis me dirige sans trop vraiment savoir où dans cette océan intérieur. Les Genoux mouillés par la moquette humide, je choisi au fond du pontage ce qui pourrait ressembler à un petit déjeuner que j’avale tout en sélectionnant mes coloris de leurres en fonction de la turbidité et de la luminosité.

Ne focalisant toujours ma pêche que sur les sujets de belle taille, la journée de la veille a vraiment été difficile et en 15h00 de pêche, je n’ai pas réussi réellement à déterminer le comportement actuel des poissons… et bien que déjà à quelques centaines de mètres de la mise à l’eau, je n’ai toujours pas réellement de stratégie. Alors j’y vais au feeling, celui du moment… je sais que quand je pêche sans certitude, je pêche forcément moins bien… mais je sais aussi que plus je mets d’eau entre moi et les poissons, plus je suis tributaire de  son activité et de son agressivité.

J’opte pour une pêche plutôt classique et les premières touches, bien que timides et plus territoriales que « nourricières », ne tardent pas. J’enchaîne plusieurs loupés et suivis de poissons autour de 80cm que je peux très bien contempler avec mes polarisantes dans cette eau claire, puis je finis par concrétiser un poisson de 83′ sur une très belle touche à quelques mètres du bateau, la journée est lancée.

Pratiquement seul en ce dimanche matin sur un lac d’huile…

En cette journée dominicale, les poissons ont un comportement bien particulier et pour les déclencher, il faut utiliser le bon type de leurre, dans le bon biotope, à la bonne profondeur et être plus malin qu’eux en fonction du type d’attaque.

La pêche s’avère beaucoup plus facile que la veille, les poissons tapent pratiquement à chaque fois à vue m’offrant un spectacle de toute beauté… et moi qui avais pris l’habitude de ne plus prendre en photo des poissons en dessous de 80cm, je me surprend en décrochant deux autres poissons légèrement au dessus de cette maille dans l’eau, quand c’est un peu la folie sous le bateau, chaque minute compte et on ne boude pas son plaisir.

Il est déjà 10h00 du matin, le soleil est maintenant bien haut et je sens, fatalement et avec regret, que l’euphorie carnassière est en train de tomber. C’est un peu ça la pêche, malgré toute l’expérience qu’on peut capitaliser, on reste toujours bluffé par une journée pas comme une autre… je n’aurai pas misé grand chose de cette matinée en mettant à l’eau… et pourtant…

Sous le soleil de Satan, des poissons, énervés, et plein de dents

Pendant une grosse heure, je décide de changer radicalement mon approche de la pêche en attaquant des poissons logiquement moins influencés par les conditions météo mais cela ne paie pas vraiment avec seulement deux touches assez timides.

Je sens que toutes les cartes de la matinée ont été grillées et qu’il ne me reste plus qu’à jouer avec mon sondeur en admirant les Milans noirs chasser au dessus de moi. Les bras croisés, je me rappelle, quelques secondes, de ces longues soirées d’hiver pendant lesquelles, comme chaque année, je me jure d’exploiter tout mon temps de pêche de façon optimale…  Remotivé, je repars tenter ces poissons impossibles avec une troisième approche sous un soleil de plomb.

En toute honnêteté, je ne crois pas trop en ce que je suis en train de faire, j’exécute des lancers, rapides, grossiers, sans trop me concentrer… Puis mon regard est interpelé par une forme qui suit mon leurre à une dizaine de mètres du bateau, je ralenti, le brochet engouffre tranquillement mon leurre comme dans une scène tournée en slow motion, je ferre… le leurre ressort illico du four dans lequel il était enfermé, sans aucune marque de dents… la vache, c’était pas bien gros mais j’en veux encore des touches comme ça !

Commence alors un petit quart d’heure de folie où je lève les poissons, certes de taille modeste (60/70) sous un soleil au Zenith, tel un pêcheur sur l’Innoko River… tout simplement le panard…

Excité comme un gosse dans un magasin de bonbons, je ramène mon leurre et un brochet de 70′ s’en rapproche assez tranquillement, imperturbable bien qu’en pleine jubilation, je reste fidèle à l’animation qui a marché pour les précédents poissons quand soudain, je distingue une autre forme qui arrive de la droite et là c’est carrément pas du tout la même taille de poisson…

Il ne me reste que 3 ou 4 mètres de tresse à ramener quand le 70′ fini par se saisir timidement de mon leurre… J’envoi un ferrage adéquate sans trop réfléchir… loupé… mais cela aura eu le don d’irriter sa congénère venant de la droite.

Me voilà donc le leurre dans la main, seul sur mon bateau, en train de contempler deux brochets suspendus à moins de 5 mètres de mes pieds dans une eau cristalline et alors… tout s’est arrêté. J’avais simplement l’impression que le temps était suspendu, je ne pensais vraiment pas vivre cette scène un jour, dans ces conditions, dans le domaine publique français…

Mais l’instinct de pêche est plus fort que le reste, et quelques instants (qui ont pourtant duré dans ma tête une éternité) après avoir remonté mon leurre , je pitch le bout de plastique entre les deux compères.

Je n’ai même pas le temps de renclencher le pick up que le plus gros des deux se jète sur mon leurre à peine tombé en surface, je suis plus que surpris et loupe pour la seconde fois mon ferrage en moins de 10s…

Désabusé, je laisse alors tomber mon leurre vers le fond pensant que tout est perdu… et je vois le plus gros des deux, celui qui venait donc d’attaquer mon leurre, descendre avec celui-ci, lentement, puis l’engouffrer.

Cette fois ci, j’assure le coup, je prends bien le temps de baisser la canne puis envoi un ferrage digne de ce nom… Le poisson est bien au bout, le plus petit des deux est effrayé par ce remu-ménage et s’en va, tandis que je combats son ainée.

Le combat arrive à son terme, j’assure le poisson dans l’épuisette, fébrile et  encore marqué par cette scène irréelle… j’immortalise vite fait ce surprenant combattant sur le tapis de réception avant de lui rendre sa liberté.

Le poisson improbable, mais mémorable…

Cette femelle est loin d’être exceptionnelle, mais elle m’aura procuré des émotions que je ne suis pas près d’oublier. C’est indéniablement, jusqu’à ce jour, un de mes plus beau moment de pêche au Brochet que je n’aurai pu partager, certes avec personne, mais dont les images resteront gravées en moi pour un paquet de temps et demeureront, en ce qui me concerne, bien mieux valorisées dans ma petite boîte crânienne que sous un déluge de like sur Youtube dicté par les règles de la pêche 2.0…

écrit par Joss'

La pêche ne peut être vraiment valorisée que si elle est pratiquée dans la difficulté, c'est une activité dépourvue de vérités mais sublimée de magnifiques histoires...

6 réponses à "Et tout s’est arrêté"

  1. Jojo says:

    Il est magnifique ce report Joss toujours aussi bien écrit ;)
    J’ ai bien aimé….et le leurre ressort de four lol
    Il n’ y as vraiment qu’ en lac que l’ on peu assister a ce genre de chose car le nombre de prédateur n’ est pas franchement le même que dans notre petite rivière ;) mais cela dit ça donne envie :) merci pour le partage et bonne chance pour la suite

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  2. Romain says:

    Belle plume M. Joss, un régale à lire. Loin du simple report de pêche, tu sais nous transporter à tes côté sur l’eau. Merci ;)

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  3. Chamane 51 says:

    Toujours agréable de lire tes textes …. et de voir de si beaux poissons !

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  4. Cypri says:

    Magnifique récit ! Une qualité d’écriture très agréable, tout autant que les images qui agrémentent le texte.
    Merci de nous faire partager ces moments !

    Amicalement,
    Cypri.

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  5. G0ne Fishin9 says:

    Magnifique, en effet, beau travail !

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  6. Gui ! says:

    Super récit! Ça arrive plus souvent au Québec :p

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