Une histoire de copains

Une histoire de copains

Il y a de ça quelques années, je consacrais encore mon temps libre à la recherche des truites sauvages Ardennaises. Je possédais, avec mes copains Christian et Patrick, une action dans une petite AAPPMA à 40 minutes de chez moi.

Le bail de la société s’étendait sur cinq kilomètres de rivière dont quatre étaient situés dans les bois. La rivière était simplement magnifique, encore à l’état sauvage en de nombreux points. Nous allions ainsi, tous les dimanches matin, la parcourir avec une joie immense.

Les truites de souche étaient bien présentes et il nous arrivait régulièrement de prendre des poissons sauvages de plus de 45 centimètres. Toutefois, le parcours, aussi sauvage que nous voulions qu’il reste, était assez difficile à pêcher et il était courant de refaire plus d’une dizaine de fois son montage lors d’une seule session de pêche.

Petit radier, petite fosse, rétrécissement, arbre mort, cascade, berge creusée… cette petite rivière qui ressemblait davantage à un ruisseau, dissimulait dans ses nombreuses cachettes plusieurs poissons d’exception comme il en reste quelques rares spécimens dans les rivières calcaires Ardennaises.

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Ma rivière… quelque part… par là…

Ce matin de mars, nos trois compères partent gaiement à la pêche sans savoir qu’ils vont écrire le début d’une anecdote qui reste encore dans leur mémoire aujourd’hui.

Le nombre de poissons sauvages n’étant pas assez conséquent pour satisfaire les pratiquants du prélèvement systématique, la société et son président en tête, s’adonnaient trois fois par an à des lâchers de truites fario issues de pisciculture, dans lesquelles nageaient quelques saumons de fontaine qui possédaient la même origine douteuse… Lâcher de si moches poissons dans une rivière aussi belle et qui abrite déjà depuis des siècles des poissons de souche d’exception, c’était un non sens sur lequel nous devions fermer les yeux pour continuer à profiter de ce si beau parcours.

Mais revenons à notre histoire… Ce dimanche là, comme d’habitude, nous nous séparons pour prospecter différents postes qui nous ont travaillé toute la semaine durant. Bien que nous pêchons depuis les premières lueurs du jour, il est déjà vite 11h30. En tant que bons épicuriens, nous célébrons ce nouveau dimanche autour d’un petit vin blanc alsacien mis en valeur par de la charcuterie locale. La bouche pleine de saveurs nous faisons les comptes, je n’ai eu que 2 touches pour 1 poisson de taille modeste, Christian fait choux blanc et Patrick, comme à son habitude, tire son épingle du jeu avec trois poissons au sec.

Ce jour là, banalement, Christian a perdu comme nous tous un nombre conséquent de montages dont une godille à vairon qu’il laissera dans une racine à quelques centimètres de la surface. La voyant à portée de canne mais pas à portée de ses mains, il quittera cette racine les yeux rivés sur sa godille délaissée là, de tout espoir de séduire un jour, un poisson avec.

Godille

Godille: Crucifix à Vairon donnant au pêcheur concerné, des airs de Ponce Pilate

Les mois passent et les sessions dominicales sont toujours aussi plaisantes, je m’essaye tout doucement à la pêche aux leurres mais constate que ces poissons sauvages savent très bien déceler la supercherie. Une chose qui me surprend encore aujourd’hui quand on sait que j’étais le seul à ne pas pêcher avec des appâts naturels à cette époque.

Nous sommes vite à la fin de l’été, il faut slalomer entre les orties géantes et jouer d’astuce pour séduire les derniers poissons prenables de l’année. Sur un si petit cours d’eau, les postes sont très marqués et les poissons comprennent assez vite la musique, même quand ils ne mordent pas, ils rentrent forcément en contact avec un pêcheur.

Et puis ce dimanche, lors de notre traditionnelle petite dégustation de produits locaux, à l’heure du bilan, je me remémorais toujours de l’image de Patrick tendant silencieusement une godille usagée à Christian avant d’exploser de rire. Je me rappelle rester à coté de Christian et ne comprenant pas la réaction de Patrick, en quoi retrouver un vieux montage était-il si hilarant ? de la chance tout au plus.

orties

Exemple typique d’orties encore non aplaties sur le sol par l’homme, le signe évident d’une faible pression de pêche des lieux…

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Puis Patrick commença le récit de son histoire, un arbre mort, quelques animations puis une grosse touche… Le ferrage de Patrick fut franc, précis puis le poisson resta un long moment dans le fond. Le combat arrivant à son terme, Patrick constate qu’il tient au bout de sa ligne un joli saumon de fontaine lâché, par erreur humaine, depuis plusieurs mois à quelques kilomètres en aval.  L’erreur à caudale est vite mise sur la berge et Patrick s’apprête à la décrocher. Mais rapidement, il remarque que son hameçon n’est pas piqué dans la gueule du poisson, la ligne bouge bien trop par rapport à sa gueule. Ouvrant le bec du malheureux, il découvre que son hameçon triple est en fait pris dans l’oeillet d’un émerillon, émerillon qui précède une godille à vairon quelque peu usagée.

Le raccourci est vite fait, ce poisson avait trouvé, il y a quelques temps, à quelques centaines de mètres de l’endroit de sa capture, un pauvre vairon mort monté sur une godille et figé dans une racine. Si l’opportuniste avait trouvé par hasard un repas bon marché et facile à attraper, il n’avait pas anticipé les futurs maux provoqués par ce montage dans son gosier…

saumon

Salvelinus fontinalis, un éléphant dans ma rivière de truites porcelaines…

Le poisson n’est pourtant pas maigre, il a bien su profiter de la richesse de la rivière, une preuve de plus qu’un poisson de pisciculture, introduit dans un milieu riche, peut très bien se débrouiller et nuire à l’écosystème qu’il a intégré.

Ce jour là, nous avons bien rigolé et nous en rigolons encore d’ailleurs. Mais je ne peux m’empêcher de repenser à cette jolie rivière, que j’ai abandonné depuis par dépit, lassé de voir les hommes en faire une machine de pêche industrielle. Depuis, je ne partage plus mes sessions de pêche avec mes camarades de première catégorie… mais je ne doute pas que la godille de Christian tient toujours une place à part dans sa boîte… ou tout du moins dans nos boîtes crâniennes.

Un jour, je repêcherai inévitablement la truite…. Et quand je laisserai un montage au fond de l’eau, je ne pourrai m’empêcher de penser à l’idée qu’un géant de pisciculture puisse venir se saisir de cette bouchée. Car bien que j’essaye de rester naïf pour profiter davantage de la vie, je doute qu’un poisson sauvage, aussi bon chasseur qu’il soit, se laisse prendre à cette fourberie.

Un récit qui n’a aucune prétention si ce n’est celle de rester simple, comme l’est et se doit de le rester, notre passion pour la pêche.

écrit par Joss'

La pêche ne peut être vraiment valorisée que si elle est pratiquée dans la difficulté, c'est une activité dépourvue de vérités mais sublimée de magnifiques histoires...

6 réponses à "Une histoire de copains"

  1. Bradys says:

    Article réjouissant… comme toujours
    Merci
    a+

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  2. Jérôme says:

    Superbe fromage de tête et saucisson !
    Pêcher La truite ? On devrait pouvoir s’organiser un truc l’an prochain quand même ?!

    Merci pour ce récit ;-)

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  3. Joss says:

    Merci, au plaisir « copaings pêcheurs » ! ;)

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  4. valc08 says:

    Salut Joss,

    En lisant ton récit, je me suis poser pleins de questions… Car j’ai à proximité de chez moi, une rivière de ce type, elle était rempoissonnée, tout comme la tienne, trois fois par an, et généralement en début de saison l’association déversait fario, arc en ciel et saumon de fontaine.
    Depuis cinq-six ans, « mon » ruisseau est laisser à l’état sauvage, il n’y à aucun lâchers, et Dame Fario est revenue en nombre …

    D’ailleurs, cette rivière, ne serait-ce pas la même que la mienne, la Givonne ? une petite rivière ardennaise prenant source dans les bois de Sedan ??

    Un jeune Ardennais,

    Bonne soirée.

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    • Joss says:

      Salut à toi « jeune ardennais » !
      Non il ne s’agit pas de la Givonne mais d’une autre petite rivière dans une forêt à 50km de la tienne…

      Quoiqu’il en soit, ton témoignage va dans le sens que nos rivières du 08 sont globalement en train de se refaire une santé et ça, c’est une très bonne nouvelle pour nous et nos partenaires de jeux ;)

      Tu as entièrement raison de t’approprier ta rivière et d’utiliser le possessif quand tu parles d’elle, c’est un signe d’affection, de respect et d’attention.

      Répondre
      • valc08 says:

        Salut Joss,

        C’est vrai que nos rivière vont de mieux en mieux, peut-être du au fait que les assoc’ luttent plus contre les pollutions et contre les déversement exagérés de poissons non sauvages … car je pense, et le penserais toujours, une arc en ciel n’a rien à faire dans nos pays. Et je le dis sans regrets, quand je pêche une arc en ciel dans les ruisseaux que je pratiques, je ne la relâche pas, je la consomme.

        Ce poisson, tout aussi majestueux qu’il soit, n’aurait jamais dû être élever en masse, il aurait pu faire l’objet d’un rêve pour un grand nombre de pêcheur, tout comme le saumon …

        Je me vois bien, aller taquiner les grosses AEC du Nord-Américain, avec quelque beaux streamer …

        Bon, j’arrête là pour mon récit …

        Valc08 :)

        Répondre

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