L’ombre poisson de sport

L’ombre poisson de sport

Léonce De Boisset, L’ombre poisson de sport, Librairie des Champs-Elysées 1941.

C’est tout à fait par hasard que le président de mon AAPPMA me confia ce livre auquel je n’aurais jamais prêté attention et n’aurais certainement eu jamais l’occasion de le lire. D’abord fasciné par l’aspect vieilli de la couverture, j’ai soigneusement tourné ces pages derrière lesquelles Léonce De Boisset nous emmène à la découverte d’une pratique peu répandue s’intéressant à un poisson discret et fragile, dénigré par tant de pêcheurs au profit de la si commune truite fario. Ecrit durant les heures sombre de la seconde guerre mondiale cet ouvrage reflète le besoin de son auteur de relater la douceur du temps passé à la recherche de ces flèches d’argent dans les merveilleux paysages de Franche-Comté et du Bugey. L’Ain, la Loue et le Doubs y sont minutieusement décris de tel sorte que le voyage littéraire amène l’envie d’un retour proche.

« Les gravières à ombres du Doubs sont uniques. De Grevy à  Navilly, elles se succèdent, tantôt sur une rive tantôt sur l’autre, immenses étendues de gravier fin où l’eau court uniforme, à peine agitée, de-ci de-là, de vaguelette produites par une souche ou une pierre du fond. »

Sans s’attarder sur les détails technique de cette pêche, la pêche de l’ombre au fouet y est loué comme un jeu subtil de séduction. La métaphore considérant la truite et l’ombre comme étant le seigneur de la rivière et sa dame m’ont laisser imaginer que le pêcheur de brochets que je suis devait croiser le fer avec quelques ogres dans les confins du Haut-Doubs. N’étant pas grand pêcheur à la mouche j’avoue que cette lecture m’a donné envie d’approfondir cette traque anoblie des salmonidés. Enfin au travers de cette œuvre, j’ai retrouver des traits qui m’ont parus tout à fait actuels comme les problèmes de qualité d’eau et de considérations entre pratiquants des différentes pêches. A cette époque où la pêche à l’asticot était encore autorisé partout, lorsque De Boisset raconte les pêcheurs peu scrupuleux ramassant des paniers d’ombrets, je crois entendre quelques pêcheurs du cru me parler de la nymphe et quand il décrit les pêcheurs à la mouche dédaignant les pêcheurs au vers, la similitude envers les leurristes d’aujourd’hui lorgnant les « vifeurs » est frappante. Outre cette constante la raréfaction des poissons par dégradation du milieu, les barrages hydro-électriques et les pollutions industrielles comptaient déjà parmi les préoccupations du pêcheur sportif. Quel plaisir de lire dans ces lignes vieilles d’une soixantaine d’années ce passage juste après avoir prôné le décrochage dans l’épuisette et la remise à l’eau rapide des petits sujets :

« N’oubliez jamais, lorsque vous remettez un poisson à l’eau, que c’est l’avenir que vous préparez. »

L’amour qu’a l’auteur pour ce poisson, ces rivières et ce sport son communicatifs et malheureusement encore aujourd’hui l’ombre souffre de sa discrétion qui facilite encore sa rarefaction silencieuse dans nos cours d’eau.

Thymallus thymallus

Thymallus thymallus

 

Droseasky

écrit par Droseasky

Je pêche pour assouvir mes instincts de prédateurs mais je relâche mes prises car la mort n'est pas la finalité de cette traque juste la capture d'un être aquatique. Un habitant de ce monde que je convoite. Oui je l'avoue je pêche par l'Envie...

Articles similaires :

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

© Copyright - Naturellement Pêche

Naturellement-Peche.info, le magazine de pêche en ligne 100% naturel, écrit par des pêcheurs pour les pêcheurs

Sitemap