Pêche automnale peu banale

Pêche automnale peu banale

C’est lors d’une sortie pour le moins classique de fin d’automne que je fît une rencontre que rien n’aurais laissé envisager. Alors que les poissons blancs commencent à former des bancs compacts suivis par les carnassiers, nous décidions avec Sébastien, un collègue moucheur, de partir pêcher un bief de canal me semblant  intéressant.

En effet  dès notre arrivée la concentration de poisson fourrage sur la sortie du canal est impressionnante, tout autant que les incessantes chasses de brochets qui font monter des gerbes d’ablettes et gardons de moins de 5 cm alors que toutes les tailles sont présentes. Bien sûr ils n’ont d’yeux que pour ces petites proies et rien de se que nous pourrons leurs présenter ne les décidera à se détourner de leur menu fretin.

… sans l’ombre du moindre intérêt pour mes artifices.

Nous remonterons alors le canal à la recherche de semblables concentrations d’activité. Avant d’avoir trouver ce que nous cherchions j’aperçois une silhouette familière à peine dissimulée dans les herbes. Je reconnais les couleurs et la stature d’un sandre dans la position type d’un brochet, suspendu à mi-hauteur dans les herbes. Il doit mesurer pas loin de 70cm. Fébrile, je lui présente un micro-jig mais aucune réaction. Puis au deuxième passage, il fuit d’un trait, nous faisant comprendre que nous avons été bien trop grossiers dans notre approche. Nous continuons jusqu’à un poste plus évident, une forêt de nénuphars en décomposition. Alors que l’on prospecte méthodiquement le poste. Je devine à nouveau les traits d’un sandre, collé au fond cette fois-ci mais encore sans l’ombre du moindre intérêt pour mes artifices. La raison de ces refus semble plus évidente alors que l’on découvre quelques mètres plus loin le début d’un banc dense et compact de petits cyprinidés. En poste de repos juste en aval de l’abondance, ils n’ont que peu d’efforts à faire pour répondre à leur faim. Il faudrait certainement être là au moment propice pour espérer les leurrer. Je ne manquerais pas d’y revenir à des heures plus stratégiques.

A force de chercher nous trouvons, mais ni les perches espérées si les sandres aperçus mais ces petits diables verts, ces flèchettes vivantes frappant nos leurres comme l’éclair, l’un d’eux coupe mon petit montage texan sans même être piqué. Quelques uns nous surprennent encore avant que Sébastien n’en pique un sur shad 2″ sur tête plombé de 2gr une victoire pour le moucheur si à l’aise avec les truites mais si désorienté face aux autres carnassiers.

… dans l’espoir de trouver une belle perche ou un sandre qui se tiendrait au fond.

Je n’aime guère voir les brochetons aussi actifs, c’est rarement un bon augure. Aussi je commence à regarder derrière moi de l’autre coté de la digue. Certes les postes sont moins engageant. La végétation essentiellement composé de ronces et d’arbustes est de temps en temps percé d’un poste aménagé souillé par les déchets de confrères peu respectueux. Rien qui ne me pousse à m’y aventurer, je préfère encore les ronces. J’aperçois finalement une petite retourne quasi impraticable mais visiblement habitée. Quelque chevesnes et gardons de taille un peu plus conséquente que ce que nous avons observé sur le canal tournent dans ce trou en bordure. Je profite des 2,30m de ma canne rock-fishing et monte le plus gros leurre que je puisse animer avec: un shad de 3″ blanc sur un tête plombée jigging de 5gr, dans l’espoir de trouver une belle perche ou un sandre qui se tiendrait au fond. Réalisant parfaitement que ma position est plus que délicate. Ma canne au travers de la ripisylve  à deux mètres au dessus de l’eau sans aucun moyens de descendre en sécurité avec seulement une raquette à truite comme « r’quillou »* la grande étant restée à la voiture.

*R’quillou: épuisette en patois franc-comtois étymologiquement hérité du verbe recueillir

J’ai déjà des remords mais malgré tout j’insiste et la sanction ne se fait pas attendre. Mon leurre est d’abord chahuté une première fois, je le pose au fond et sens un second tampon lourd qui bloque ma ligne. Je ferre une masse impassible qui part sur ma droite, droit vers un bosquet à moitié couché dans l’eau qui marque la limite aval du poste. Je bride tant bien que mal épaulé à un robinier qui me fait office de harnais. Comme par miracle le poisson ralenti puis remonte doucement. Mais pas pour venir vers moi, il repart en fait de l’autre côté et remonte. Pas d’obstacles de ce côté mais je crains, vu la végétation présente,  qu’il ne trouve une branche au fond voir un arbre tout simplement.  Le frein de mon moulinet joue son rôle à la perfection et bride le poisson à la limite de la rupture de mon malheureux nylon de 14 centièmes, je n’ose même pas poser la main sur la bobine pour freiner plus. la courbure de ma canne va au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je débraye même l’anti-retour du moulinet pour pouvoir encore démouliner en cas de rushes trop brusques. Encore une fois le poisson s’arrête et reviens visiter ce maudit bosquet, je me prépare à chaque nouvelle tentative à perdre le poisson et me demande comment il peut être encore là: il a tout pour s’échapper, il lui suffirait de partir quelques mètres au large et le courant ferait le reste. Pourquoi s’arrête-t-il sous cet arbre? Pourquoi ne monte-t-il pas plus encore? N’y a-t-il pas le moindre obstacle au fond?  Je tente d’anticiper toute ses réactions mais il fait à peu près ce qu’il veut, il continue de se promener dans le trou où je l’ai piqué.

approche

Deux mètres au-dessus de l’eau, sans aucuns moyens de descendre…

Au bout d’une dizaine de minutes, je le sens moins vif, il ne met plus ces grands coup de têtes dans la ligne dès que je le décolle du fond. Quand il arrive enfin en surface, je réalise que je ne peux rien faire de plus sans ma grande épuisette. Même si on m’a vu faire des acrobaties improbables pour un poisson, cette fois-ci je n’ose pas. Au bout de quelques instant, Sébastien reviens de la voiture avec l’épuisette mais comme je l’avais supposé à la vu de l’engin (l’épuisette, pas mon collègue) le poisson retrouve un second souffle et repart visiter encore une fois son trou. J’ai beau l’avoir vu tourné sans encombre, je ne suis toujours pas rassuré. Il se rend à nouveau. Toujours épaulé à mon arbre, la canne d’une main, l’épuisette dépliée à son maximum de l’autre je rentre la tête du poisson d’abord. Lorsqu’il se tends pour en sortir, je ne le force pas. C’est lui qui doit rentrer dedans, à cette hauteur je ne peux rien faire d’autre. Rassuré par le couvert du filet et l’absence de tension du fil, il se réfugie finalement volontairement à l’intérieur. C’est une première chose maintenant il faut le remonter, le bestiaux fait son poids et je n’ai jamais remonter un tel poisson avec cette épuisette. Je remonte tout cela bien à la verticale pour éviter de forcer sur le manche et pose au sec mon adversaire du jour après plus de 20 minutes de suspens et d’émotions. Je suis tout tremblant le bras encore crispé du combat et le relief de l’écorce de mon arbre imprimée dans l’épaule.

silure métré

encore shooté par un cocktail d’hormones contradictoires entre la peur, l’excitation et la joie

Mon pépère accuse le mètre passé, il s’est piqué à l’extérieur de la gueule. Après quelques photos au sec, je profite du canal pour prendre quelques photos sous-marines avant de le relâcher là en toute sécurité vu l’accès au Doubs (les silures sont déjà présent dans ce canal).

moustache

Sir glanis dans l’onde calme d’une voie naviguable

Je passerais les quelques heures restantes de la session à me remémorer la scène en gardant de ce coup de ligne plus d’interrogations que de réponses mais le plaisir d’un combat hors normes parti perdant dès les premières minutes avec un espoir grandissant au fur et à mesure pour n’être sûr qu’une fois le poisson mis au sec que j’ai bien capturé un silure métré sur du matériel destiné à l’Ultra-Léger.

moustache leurre

L’improbable coup de ligne

Droseasky

écrit par Droseasky

Je pêche pour assouvir mes instincts de prédateurs mais je relâche mes prises car la mort n'est pas la finalité de cette traque juste la capture d'un être aquatique. Un habitant de ce monde que je convoite. Oui je l'avoue je pêche par l'Envie...

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