No-Kill: De la théorie… à la pratique

No-Kill: De la théorie… à la pratique

Pour une pratique des bons gestes du No-kill

La connaissance est une force

Après l’approche rhétorique du sujet par nos amis Joss’ et Jérôme, il me semblait intéressant de revenir sur la pratique du no-kill d’un point de vue plus matériel, j’oserais dire scientifique. Nous avons tout des notions de biologie plus ou moins étendues sur la gente piscicole et nous les appliquons logiquement lorsque nous avons à manipuler nos prises. Il est donc évident que plus grande sera notre connaissance de nos infortunés partenaires plus grandes serons leurs chances de survie. Chaque pêcheur ayant décidé de sacrifier en partie l’intégrité du poisson en le piquant par la gueule pour le capturer, il convient, si l’on souhaite lui rendre ça liberté, de limiter au maximum toutes autres atteintes superflues à leurs chances de survie. Cet article n’a pas vocation à dramatiser l’acte mais à présenter le plus objectivement possible son impact et les solutions dont on dispose pour le diminuer tant que possible.

Vers une bonne pratique du no kill

Vers une bonne pratique du no kill

L’os qui gêne (oxygène)

Les poissons que nous recherchons sont liés vitalement à l’élément liquide, aucun d’entre eux ne survit à une exposition à l’atmosphère aérien sans séquelles. Malgré tout leurs morphologie leur permet de survivre quelques instants hors de leur élément mais contrairement à la majorité des tétrapodes (batraciens, reptile, oiseau, mammifère) qui peuvent conserver un volume de leur élément respiratoire, leurs organes respiratoires se retrouvent immédiatement en contact avec l’élément étranger gazeux. Tant que leurs branchies restent humides, ils ne craignent pas grand chose. Mais leur surface étant disposée pour faire circuler l’eau, l’air arrive vite en contact avec les fines muqueuses et les tissus meurent brûlées par l’oxygène en concentration trop élevée (20% d’oxygène dans l’air pour 5% en moyenne dans l’eau) et par déshydratation. La relation directe est la durée d’exposition à l’air qui doit être la plus brève possible.

Moins c’est mieux

Les poissons ne s’asphyxient pas par manque d’oxygène mais par surplus de CO2 empêchant la circulation de l’oxygène.

agen domino qiu qiu dengan bonus 10% deposit Nous en sommes venus à parler du pourcentage d’oxygène dans l’eau. Taux loin d’être innocent puisque la rareté de ce gaz dans l’eau rends les poissons très sensibles à ça concentration. Laquelle est liée à la pression atmosphérique et à la température de l’eau (en partie également à sa concentration en autres éléments gazeux ou minéraux…). En conséquence les poissons pour fournir un effort dans une eau sous-oxygénée finissent par ne plus pouvoir évacuer le surplus de CO2 dans cette eau où les taux de saturation sont faibles. Les poissons ne s’asphyxient pas par manque d’oxygène mais par surplus de CO2 empêchant la circulation de l’oxygène. Les fables sur l’acide lactique proviennent de forte libérations de celui-ci au moment de l’effort mais ses conséquences ne sont pas mortelles. En conséquence il faudrait adapter ces pêches à la météo pas seulement atmosphérique mais aussi aquatique en évitant les pêche trop fines dans les eaux chaudes et stagnantes. De plus les eaux de bordures étant généralement plus chaudes, « réanimer » son poisson au bord en le secouant d’avant en arrière ne fera qu’augmenter son stress dans une eau chaude et pauvre en oxygène. L’idéal serait pour cela un mouvement linéaire et continue en pleine eau afin que le poisson puisse regagner des eaux plus fraîches en profondeur pour une meilleur chance de salut.

Retour à l’immensité liquide

Sang froid et coup de chaud

Pour aller un peu plus loin dans l’analyse des conséquences de la température sur le poisson il faut bien sûr évoquer la température interne du poisson. Les poissons sont hétérothermes autrement dit ils « subissent » la température de leur milieu ainsi leur corps change de température au rythme de l’eau donc relativement lentement. Selon les espèces ils sont plus ou moins sensibles à ces changements et les chocs thermiques peuvent tuer la plupart d’entre eux. Si l’air véhicule difficilement la température les échanges thermiques entre corps solides sont plus rapides. Ainsi un petit poisson dans le creux de la mains peu très bien subir un choc thermique de quelques degrés de même qu’un poisson plus imposant posé dans la neige ou sur un ponton de bois au soleil, humide ou pas. La différence de température est un danger réel et facile à éviter. Par exemple une épuisette à mailles fines plongée dans l’eau s’en gorgera et conservera sa température en protégeant temporairement le poisson.

L’épuisette: un allié précieux

Epiderme et mucus

Les poissons, qu’ils soient de mœurs pélagique (de pleine eau) ou benthique (de fond), vivent quasiment toujours en suspension dans l’eau. Les rares contacts solides qu’ils connaissent sont ceux du substrat, de la végétation voire de quelques branches noyées… Plus rarement les dents d’un congénère convoitant leurs propres protéines. La rareté de ces contacts, chocs, frottements ou autres agressions a fait que la principale protection face aux agressions physiques extérieures se trouve sous une fine couche de derme et d’épiderme. En effet les écailles des poissons se trouvent sous leur peau fine et délicate cette dernière produisant le mucus pour se protéger elle-même des agressions extérieures tant chimiques, que biologiques ou physiques. La plupart des poissons de fond ou de roches (benthiques) possèdent une peau et un mucus les protégeant mieux que les espèces vivants en pleine eau (pélagiques). Malgré tout rares sont les espèces adaptées aux contacts terrestres sous la pesanteur que nous connaissons.

… les poissons ne possèdent pas de paupières et leur cornée bombée est la première exposée au blessures.

Les petits poissons de roches tels que les gobies et rascasses sont les mieux prémunies. Les poissons les plus lourds seront les plus fragiles. Pour la plupart le contact de l’herbe si tendre et humide soit elle représente des millions de micro-coupures, le béton est une râpe et une chute au sol peut causer des lésions graves d’autant que les poissons ne possèdent pas de paupières et leur cornée bombée est la première exposée au blessures. Les poissons n’ont pas une physionomie adapter à notre milieu il convient des leur éviter des blessures supplémentaires pour notre confort. Encore une fois l’épuisette permet d’éviter ou plutôt de limiter les contacts dangereux et un simple K-way humide représente une surface de réception plus adéquate que n’importe quel sol pour qui voudrait aller plus loin dans les précautions et le respect du poisson.

…un simple K-way humide…

Tenue correcte exigée

Les manipulations sont nécessaires pour décrocher le poissons mais la physionomie de celui-ci encore une fois induit des précautions plus ou moins évidentes. Le cœur du poisson se situe dans la région pectorale juste en arrière des ouïes. Ce cœur est composé d’un seul ventricule, la circulation du sang étant facilité par la pression de l’eau et la station horizontale. La suspension verticale à l’air libre est donc à limiter dans le temps sinon le sang stagne dans les organes postérieurs et a du mal à atteindre les ouïes situées alors au sommet du système sanguin.

Une main supportant la boîte crânienne, l’autre soulageant la colonne vertébrale.

Les organes internes sont aussi agencés en fonction de cette station horizontale soutenue par la pression de l’eau et donc l’application d’un point d’appuis restreint sous l’abdomen est à éviter, la région anale est plus adaptée. Pour finir en observant le squelette des poisson, on constate que la région crânienne est la plus solide. Les prises par l’arrière de la tête au niveau des opercules sont donc à privilégier tant que possible. Pour les poissons possédant une mâchoire inférieure suffisamment épaisse et sans dents, la tenue « par le menton » est possible mais il faut prendre soin de ne pas distendre les articulations de la mâchoire et de ne pas suspendre le poisson de tout son poids pour éviter les tensions au niveau des cervicales. Enfin pour les poissons comme le brochet ou le sandre à partir d’une certaine taille la tenue par l’opercule est envisageable en prenant soin de na pas abîmer les ouïes et tout comme précédemment éviter de suspendre le poisson et de distendre les cartilages.

une tenue ergonomique

Si la tenue du poisson pour le décrocher importe, une autre attention qui vient bien avant l’action de pêche peut permettre de diminuer grandement le temps de décrochage et les blessures des hameçons. Je parle bien sûr de l’usage d’hameçons sans ardillon ou à ardillon écrasé. Soucis évident de pouvoir retirer sans mal le fer tant décrié qui nous lie à l’objet de notre passion. « Sans mal » autant dans le sens de la facilité à retirer l’hameçon que celui de la plaie que l’on laissera à notre prise : le soucis d’amoindrir l’impact de notre passion, le même qui nous pousse à rendre le poisson à son élément.

Le pêcheur abandonne alors son emprise

Epilogue

En combinant toutes ces données, les conditions idéales pour pouvoir relâcher un poisson dans les meilleurs conditions serait de l’immobiliser à l’épuisette et de le décrocher dans l’eau tout simplement. Mais la perfection n’est pas de ce monde sinon nous saurions nous passer d’hameçons pour capturer nos poissons. Et malgré leur relative fragilité même une perche posée sur le béton d’un quai peut survivre de même qu’une truite après une séance de shooting digne de Paris Hilton et les brochets sont capables de cicatriser après de graves lésions. Donc si les soins et précautions ne sont pas toujours nécessaires et encore moins obligatoires, ils permettent de se donner les moyens de respecter notre conscience en gardant à l’esprit les conséquences de nos actes. Chose essentielle dans le paradoxe halieutique de la pêche en no-kill.

Droseasky

écrit par Droseasky

Je pêche pour assouvir mes instincts de prédateurs mais je relâche mes prises car la mort n'est pas la finalité de cette traque juste la capture d'un être aquatique. Un habitant de ce monde que je convoite. Oui je l'avoue je pêche par l'Envie...

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6 réponses à "No-Kill: De la théorie… à la pratique"

  1. Jojo says:

    encore un belle article très utile ;) personnellement j’ ai toujours mal quand je vois un silure simplement porté par la tête et dressé a la verticale… j’ imagine bien la pression de ces organes qui veulent descendre vers le bas….pffffff

    à lire pour les anciens et nouveaux pêcheurs!

    @++ jojo

    Répondre
  2. Don Diego says:

    C’est bon ça, vous vous complétez bien dans l’équipe!!!

    Le tapis de réception en K-way c’est tout con mais fallait y penser!!!!!

    Merci pour l’astuce ;)

    Répondre
  3. Etienne64 says:

    Bonjour,

    Pour aller dans le sens de cet article, je vous donne la « méthode » que j’utilise pour décrocher un brochet (pas toujours évident).
    Contexte : je pêche souvent du bord dans des zones pas très adaptées pour manipuler un beau brochet et en pêche sportif (du coup, le port d’une grosse épuisette est gênant).

    Méthode : j’ai dans mon sac à dos (sur le dessus, comme ça je l’attrape en 2sec d’une main) un gros sac ikea (le genre de sac pour faire les courses). Dès que j’ai ferré ma prise (brochet), j’attrape d’une main le sac et l’immerge (ça prends 5 secondes). Le combat a lieu et dès que le vaillant brochet arrive épuisé à mon niveau, j’attrape le bas de ligne, pose la canne, et amène le brochet dans le sac remplie d’eau en tirant le bas de ligne. Je n’ai toujours pas touché le poisson et lui n’est pas sortie de l’eau. Je prends alors le sac d’une main et la canne de l’autre et me déplace à 2/3 mètre sur un terrain plat où j’ai la place de poser la canne, le sac et de me mettre à genou. Je peux alors avec les main mouillées, retiré le leurre sans ardillon (où en utilisant une pince si jamais il avait engamé) puis ramené le poisson à l’eau toujours dans son sac.

    Je ne sais pas si c’est une excellente méthode mais elle me semble aller dans le sens de ce que j’ai lu dans ce très bon article. De plus, même avec l’expérience, j’ai toujours eu du mal à attraper le poisson par l’opercule. Avec cette méthode, pas d’épuisette, le poisson ne sort pas de l’eau et je me sens plus à l’aise pour le manipuler car je ne suis pas en équilibre sur un tronc ou autre.

    Si mon expérience peut servir à quelqu’un, ou si quelqu’un a une idée pour améliorer ma méthode, je suis à votre écoute.

    Cordialement,

    Répondre
  4. fabrizio says:

    Super article (comme d’habitude !!!), qui me permettra à l’avenir de commettre moins d’erreurs, en m’inspirant des différents conseils prodigués……je vais aussi m’inspirer de la méthode d’Etienne64…..il faudra juste que je sorte le fish de la poche, délicatement, avec un gant spécial, car j’ai arrêté avec la pince (je pense que ça peut laisser des blessures irréversibles…..), pour prendre une petite photo, et le mesurer le plus rapidement possible, avant de le remettre dans son milieu naturel !!

    Répondre
  5. Un passant says:

    Continuez à nous régaler! Depuis tout gamin je lis la presse halieutique sous toutes ses formes, je n’avais jamais éprouvé ces sensations. Merci et longue vie à votre projet.

    Répondre
  6. Un intéressé says:

    Dans la tête de beaucoup de gens le « no kill » c’est en fait le « release ». Et pourtant quand on y réfléchi c’est bien plus compliqué, l’article le démontre.

    Pour bien faire comprendre la notion de choc au gens, j’aurais fais un comparatif humain/poisson.
    - l’eau dans les poumons, ça fait mal. T’as déjà bu une très grosse tasse?
    - rappelle-toi tes grosses gamelles en vélo ou roller, mmmh la joie des contacts avec les différents types de surfaces.

    Bref, j’en passe…
    Il faudra aussi préciser aux pêcheurs que quand on prend un poisson en le serrant derrière la tête/les ouïes avec trois doigts, ça équivaut plus ou moins à quelqu’un qui vous serre la poitrine de toutes ses forces avec ses gros bras musclés… ça compresse le coeur… Un épuisette et une pince pour les hameçons.

    Bon post. Utile.

    Répondre

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