Acoupas à coup sûr

Acoupas à coup sûr

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Le front humide, je ne fais que tourner et me retourner sur mon sommier, cherchant désespérément la fatigue qui me ferait tomber dans les bras de Morphée. La nuit a été chaude et courte, j’ai erré jusqu’au petit matin à observer les insectes dont la taille et la beauté sont ici démesurés. Il est 5h00 du matin, 8h00 heure de paris, tout le monde semble encore assoupi.

Aujourd’hui, certains vont découvrir l’amour pour la première fois, d’autres la trahison. Certains vont donner la vie alors que d’autres ne savent pas encore qu’ils la perdront avant le prochain coucher de soleil. Aujourd’hui… je vais pêcher pour la première fois de ma vie en Amazonie.

 

Le premier lancer

Malgré l’excitation, le manque de sommeil se fait sentir… Et bien que sur la table se trouve quelques jus de fruits que je n’ai pas encore eu l’occasion de goûter sur le vieux continent, j’ai quelque peu du mal à me remplir l’estomac, comme si le besoin du moment était ailleurs. Tout le monde tarde un peu à se préparer, certains, beaucoup plus sereins que nous, n’ont même pas pris le temps la veille, d’emboîter leurs cannes et de préparer leurs bas de ligne.

Nous arrivons sur les rives du Rio Trombetas avec Franck, les bras chargés de bien trop de matériel. La majorité des guides, qui nous accompagneront tout au long de notre séjour, ne sont pas encore à bord des bateaux. Il est 7h00 pétante, la légère brume commence à s’estomper de la rivière dans une chaleur déjà presque étouffante, un homme d’un certain âge nous regarde en silence depuis l’arrière de sa coque alu soudée.

Il est déjà là, nous aussi… simple hasard ? Je ne sais pas… en tout cas nous montons sans trop réfléchir avec Franck dans son embarcation comme si c’était dans l’ordre naturel des choses.

A ses pieds, une glacière remplie d’eau sur laquelle est inscrit au marqueur indélébile « King Marcos ». J’en conclu assez vite que c’est le doyen du groupe et que les autres lui portent un certain respect.

Nous échangeons une poignée de main avec un bref « bon dia », nous nous présentons à lui puis Marcos (se prononce « Marcow ») ne perd pas de temps et embraye sur un « Tucunaré ? » qui résonne encore aujourd’hui avec une certaine nostalgie dans ma tête. Nos regards se croisent avec Franck histoire d’établir une fausse consultation entre nous qui coule forcément de sens. Nous n’aurons pas le temps de répondre par l’affirmative que Marcos tirait déjà sur le starter de son Yamaha 2 temps.

Le meilleur du pire du meilleur guide

Avec Franck, nous n’avons pas l’habitude de nous faire guider à la pêche, c’est même la première fois que cela nous arrive. Aucun de nous ne doit s’occuper des dérives, ni d’établir une stratégie précise sur la rivière, il suffit simplement de se laisser guider et de soumettre ses envies en temps et en heures. Pour ma part, moi qui ai toujours l’habitude de m’empêtrer dans un barda de configurations électroniques pour maximiser mes chances à chaque début de session en métropole,  cette assistance m’est assez perturbante.

Le moteur se tait et laisse place au son des ambiances matinales de la Jungle, les premiers leurres nagent autour des têtes de roches, on y est vraiment cette fois ci. Un peu perdu, je m’étais promis de commencer à pêcher au jerk minnow et je m’y tiendrai, finalement cela ne durera que quelques minutes.

Alors que nous voyons les autres guides à bord des autres bateaux prendre avec précaution le temps d’expliquer à leurs pêcheurs tous les postes à peigner, Marcos lui est différent. Il positionne le bateau puis nous regarde pêcher sans faire aucun commentaire. Les premières minutes passent et nous sommes un peu déboussolés de ce silence, soit Marcos a jugé notre niveau technique et notre implication satisfaisants, soit il n’en a rien à faire que nous passions à côté de notre séjour…. Etrange…

Nous ne parlons pas trois mots de Portugais et Marcos ne doit pas connaître trois mots d’Anglais, les rares échanges que nous avons avec Marcos sont à base de gestes et de mimes, je ne dois pas être doué pour ça car Franck arrivait à s’exprimer deux fois mieux que moi.

La calme du guide contraste avec le son qui sort de nos moulins. Les leurres fusent à une vitesse digne des dernières minutes d’un concours. Cela fait plusieurs années que nous préparons ce voyage avec Franck, nous avons potassé des centaines de vidéos, retourné internet pour mettre la main sur les « bons leurres », introuvables bien évidemment… Ces perles rares sont rangées dans le bateau avec une organisation presque militaire, nous en faisons peut être trop, mais c’est plus fort que nous, nous sommes remontés comme des pendules.

Tout au long de notre séjour Marcos nous laissera pêcher comme bon nous semble. Si quelquefois son attitude nous fera sans doute passer à côté de certains poissons, elle nous en fera aussi prendre d’autres auxquels il ne s’attendait pas. Nous savons que, quel que soit l’endroit sur terre, la pêche en rivière est en perpétuel changement et que même ici, la clé de la réussite sera avant toute chose d’assimiler le comportement du moment des poissons.

Alors que les autres guides insistent pour décrocher eux-mêmes nos poissons pour ne pas qu’on se blesse, notre Marcos nous laisse nous démerder avec des piranhas noirs de 3kg qui ont coffré les deux triples de nos leurres, confiance ultime.

La base de la pêche du « King Marcos », c’est la viande

Les guides locaux sont assez enfermés dans leur schéma de pêche traditionnel et je pense que cela découle d’avantage des habitudes de la clientèle lambda, constituée très majoritairement d’américains et de brésiliens. Ici, la pression de pêche est encore faible, ce qui n’est pas le cas partout en Amazonie. Nous nous rendrons rapidement compte qu’un leurre correctement présenté, s’il est adapté à la taille du poisson recherché, est un leurre systématiquement attaqué. Le paradis du pêcheur aux leurres en somme.

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Ainsi Marcos verra défiler tout au long de la semaine des leurres bien de chez nous dont il ne connaitra sûrement jamais le nom. Le dernier jour du séjour, je m’étais dit qu’avec l’accumulation des heures il se permettrait davantage de m’indiquer la pêche alors j’ai tenté de le piéger. Nous étions dans moins de 80 centimètres d’eau et seuls des poissons frugivores tournaient autour du bateau dans une eau bien cristalline. Tranquillement devant lui, j’ai monté un shad de 16cm sur une tête plombée de 40 grammes destinée au brochet puis, à l’aide de ma canne XH j’ai lancé mon montage à 15 mètres du bateau. Naturellement mon leurre a coulé comme une pierre, a fait barrer tous les poissons aux alentours et j’ai même galéré pour le ramener sans le tanker. Ce vieux roublard de Marcos restera stoïque, sa pagaie à la main et évitant impassiblement les cailloux près à venir frapper la coque.

 

La Différence c’est la polyvalence

Dans la tête de nos guides, j’ai l’impression que nous nous sommes rendus au bout du monde avec le principal objectif de vacciner du Peacok alors que nous avons choisi de pêcher le Rio Trombetas avant tout pour la qualité de ses poissons et sa diversité.

Il est midi, la première matinée de pêche se termine avec une escale sur une pointe d’île où un Jacaré de petite taille nous observe. Le reste du groupe nous attend à côté de Pacus en train de griller. Nous avons pris plusieurs Peacoks au-dessus de 4kg avec Franck, la matinée a été remplie de découverte et de surprises, nous sommes complètement sur un nuage, je crois toujours que je surnage dans un rêve d’enfant.

Le soleil est à son Zénith et l’euphorie retombe, il fait près de 40 degrés et l’adrénaline qui m’avait fait tenir jusque-là commence à s’estomper. Entre le décalage horaire et les quelques heures de sommeil que j’ai capitalisé, le coup de barre est tel que je n’arrive même plus à me remémorer aujourd’hui la pêche de ce début d’après-midi-là, elle devait sûrement être bien difficile puisque dans ce qu’il nous restait d’euphorie, je me rappelle que nous avons saoulé Marcos en le bombardant de noms de nouvelles espèces que nous voulions toucher, comme des gamins incapables de prendre leur mal en patience : Marcos ! Cachoras, Trairaos, Corvinas, Bagres ?

Le pauvre Marcos ne savait plus trop quoi faire, comment ces mecs venus du bout du monde voulaient déjà laisser tomber le Peacok pour aller vacciner des poissons chiens ? Des poissons bien peu estimés au brésil, sûrement parce qu’ils sont immangeables de par leur quantité d’arêtes…

Le pourboire de fin de séjour oblige tout de même les guides à satisfaire nos envies, c’est ainsi que très sceptique, Marcos nous emmena au-dessus du camp dans une fosse dans la superficie d’un terrain de handball. Si j’avais pu écouter ses pensées, je suppose qu’on aurait pu y entendre : « Mais que vont-ils faire là-dedans ces couillons déjà blasés du Peacok ? Ils vont se ramasser et personne n’en ressortira content ».

Pélagiquement vôtre

Nous comprenons assez vite que pour les guides, la pêche de fosse rime avec piranhas et gros poissons chats à l’activité plutôt nocturne. En bref, la pêche classique de fosse se déroule ancrée à l’aide d’un caillou avec un bon morceau de viande de 300 grammes esché sur un hameçon à longue hampe en 14/0, sleevé à la terminaison d’un câble d’acier qui pourrait faire office de câble de frein à vélo sans problème.

Et nous, nous sommes là avec nos boîtes de leurres et il n’est même pas encore 17h00… La pêche commence, avec Franck nous sommes assez complémentaires et l’on se donne les infos en temps réel. Les leurres souples voient pour la première fois du trip la lumière du jour, je commence avec une pêche classique pratiquée en Guyane, la pêche au petit grub sur tête plombée fort de fer, Franck fait de même.

A l’écoute de nos cannes et en faisant des décomptes dans nos têtes, les infos commencent à nous parvenir, il y a beaucoup d’eau et du piranha au fond… Franck sait que son moulin à un ratio de 98cm par tour de manivelle, il pose son leurre à l’aplomb du bateau puis le remonte en comptant… « 1,2,3…. ouch ! 21m de fond ! » Alors qu’à quelques mètres de la fosse, la rivière ressemble à un pool de saumon atlantique… surprenantes rivières amazoniennes…

Les premières touches arrivent, toutes à la descente de nos leurres et elles sont inferrables. Nous comprenons assez rapidement que les poissons dont nous ne connaissons pas encore l’espèce, sont suspendus. Et certains très haut dans la couche d’eau même.

Les montages changent à bord, on diminue les grammages, je raccourci mon grub chartreux bien moisi avec mes incisives décrochant un sourire sur le visage de Marcos.

A force de se faire attaquer les leurres, nous finissons par rentrer des poissons et ils semblent en nombre, ce sont des Acoupas.

Le premier Acoupa du séjour qui nous gratifiera de ses grognements caractéristiques

A la touche, les poissons se comportent très « bizarrement », nous les piquons dans 6 à 8 mètres d’eau et dès qu’ils se sentent piqués, ils remontent à la surface comme une fusée pour sauter et se dégager de l’hameçon, cela n’en est que d’autant plus amusant pour nous. Nous sommes quand même très surpris entre les différences de comportement de ces poissons et ceux pêchés en Guyane au ras du fond.

Je rentre à mon tour un poisson et me retourne tout joyeux vers Marcos en lui montrant mes incisives avec mon index pour lui indiquer que c’est la réduction de la taille des leurres qui permet désormais de rentrer les poissons. Pendant que j’essaye de dégager un morceau de leurre encore coincé entre mes dents,  il commence à se détendre et même à rigoler, pensant sûrement : « Avec quels demeurés suis-je tombé… ». On remarquera pendant tout notre voyage que les guides ont apprécié qu’on leur fasse partager nos moments de joie et de rigolade. Apparemment, beaucoup trop de pêcheurs les traitent comme des hommes de mains et les laissent galérer sous couvert qu’ils sont rémunérés, n’hésitant pas également à leur faire des reproches quand la pêche est difficile, triste constat…

Ce soir-là, le responsable du camp, intrigué, nous demandera même de lui montrer les leurres qui avaient fonctionné. Je garde le souvenir d’un mec intrigué à qui je tendais un shad GT transformé de 11 à 5 centimètres à l’aide d’un opinel et monté sur une tête plombée à lançon, pour la pêche du bar, de 40 grammes.

Ce que ne savaient pas les Acoupas, c’est que leur chair est très prisée par les locaux qui n’ont pas l’habitude d’en prendre en quantité et qui habituellement consomment du Pacu qu’ils arrivent à prendre à la main à l’aide de graines ou à l’aide d’un fusil harpon dans peu d’eau. Cette courte première session se terminera donc en carpaccio… Et je vous mentirai si je vous disais que ce n’était pas excellent.

La pêche de l’Acoupa se révèle très gourmande en leurres souples

C’est donc « en cuisine » que je terminerai cette session avec les filles retirant habillement les otolithes de la tête de ces poissons. Je n’aime pas du tout allier pêche et gastronomie mais il faut être honnête, en pleine jungle, les gens autour du fleuve se nourrissent énormément de poisson. Bien que la pêche génère une manne touristique non négligeable, elle est encore fortement liée à la survie en Amazonie.

Un goût de reviens-y

Les jours suivants, quand la pêche d’après-midi se complexifiera, nous demanderons régulièrement à Marcos de nous ramener sur la fosse à Acoupas.

A chaque fois, le suspens sera de courte durée et nous nous amuserons rapidement avec les poissons, pratiquant le catch and release en fonction de la profondeur de capture. Certains jours, les poissons monteront jusqu’à quatre mètres sous la surface et Marcos les entendra même grogner plusieurs fois.

Nous avions alors beau coller nos oreilles sur la coque en aluminium, il nous était impossible de percevoir ces grognements… mais pourtant Marcos devait dire vrai car nous arrivions à piquer des poissons à l’aplomb du bateau dans presque pas d’eau.

Thomas, qui a eu la chance de les pêcher en Guyane peut alors constater la différence de comportement entre les poissons du Sinnamary et ceux du Rio Trombetas. Lui qui ne les a pas encore pêché ici, se base sur nos infos pour cibler les poissons pélagiques actifs et rentre à son tour très rapidement des poissons.

Les jours se suivent et certains se finissent sur une des fosses salvatrices à Corvinas, nous nous y retrouvons à plusieurs bateaux avant de repartir dormir au camp. A chaque fois l’ambiance y est festive car nous prenons tous des dizaines de boîtes à la descente et nous réussissons tous à faire des poissons.

Les touches de ce poisson en pleine eau sont assez violentes et difficiles à concrétiser

Un jour en fin d’après-midi, alors que nous étions en pleine folie « acoupienne », un bateau que nous ne connaissons pas s’approche de nous. Il semble s’agir de deux brésiliens, t-shirt bariolés de nombreux logos de marques et Go Pro vissée sur la casquette, guidés par un gars du coin. Ils se rendent très vite compte que nous sommes en train de nous éclater et décident de s’arrêter.

A quelques dizaines de mètres de nous, nous les observons se préparer à pêcher attendant de leur part une salutation qui ne viendra pas. L’un semble pêcher en verticale pendant qu’un autre lance un leurre typé black bass style worm sur une petite tête plombée.

Voilà quelques minutes que nous pêchons à leur côté et nous continuons de mettre au sec des poissons pendant qu’eux ne prennent rien et dérivent doucement mais sûrement vers nos bateaux. Je prends le temps plusieurs fois de dire à Thomas que leur comportement est quand même culotté et qu’en France ça ne passerait pas.

Les deux loustics finissent leur dérive pour lancer leurs leurres à l’endroit même où nous lançons les nôtres, comme si l’Amazonie n’était pas assez grande pour tout le monde, comme si la bêtise humaine n’avait pas de pays ni de frontière…

Bad Karma ou pas, les mecs finiront broucouille alors que nous monterons plusieurs poissons à bord devant eux, captures agrémentées de cris de joie aux intonations francophones moqueuses entre nos bateaux… nous ne les reverrons pas du séjour.

Franck avec un gros spécimen pris devant des brésiliens peu scrupuleux

We need to go deeper

D’une fosse à l’autre, dès que les poissons sont présents, nous arrivons toujours à les trouver assez rapidement en prospectant avec des petits shads assez plombés.

Mais l’expérience n’aurait pas été totale si nous nous étions arrêtés là. Il fallait qu’on se prouve que ces poissons réagissaient un peu à n’importe quel leurre.

Au fur et à mesure de nos expérimentations, nous en prendrons respectivement au shad, au grub, au bucktail jig, au lipless, à la blade et au spin shad. Le fait que les poissons soient suspendus très haut dans la couche d’eau permettait de les  pêcher avec des leurres de faible grammage destinés à la pêche des percidés en Europe, c’était simplement extra.

Thomas avec un Acoupa qui porte les séquelles d’une rencontre avec des Piranhas

On a appris plus tard que certains locaux arrivaient à les pêcher avec des fringues coupées en lamelles, le tout esché sur un hameçon simple… En poussant le curseur un peu plus loin, on aurait pu en prendre avec n’importe quoi tant que le «n’importe quoi » était animé dans la bonne couche d’eau.

 

Sandro, ce génie

La dernière soirée aux Acoupas laissera un souvenir indélébile en moi, nous nous retrouverons à trois bateaux avec l’idée de faire prendre des poissons dans plus de 20m d’eau aux moucheurs du groupe, défi certes relevé avec des soies pas forcément adaptées, mais pas impossible non plus.

Les touches furent, comme à l’accoutumé, nombreuses. Nous nous chargions de localiser les poissons au leurre afin d’indiquer aux moucheurs là où il fallait qu’ils pêchent. Un Acoupa sera ainsi pris au fouet après de nombreux ferrages loupés étant donné le « mou » provoqué par la soie qui n’aidait pas sur des poissons tatillons.

Le séjour arrivait sur sa fin, les guides étaient en phase avec nous qui les considérions comme des potes de voyage à part entière puis du coup se lâchaient et n’hésitaient plus à pêcher en même temps que nous.

Sandro était le pitre de la bande, toujours là pour faire une connerie et toujours le premier pour les rigolades. Son espièglerie pouvait se lire constamment sur son visage.

A l’inverse des autres guides aux racines africaines, Sandro est clairement d’origine sud-américaine, il le porte sur lui. Il a passé son séjour, un pantalon trop large et trop grand  pour lui, descendant sous la taille, à nous faire écouter de la dance des années 90 à l’aide de son smartphone. La première fois qu’il nous a fait « profiter » de ses goûts musicaux lors d’un bivouac, on était assez halluciné de ne pas pouvoir profiter de l’ambiance de la jungle et de devoir subir cette  « bouse mélodieuse ». Sandro commençait à lever le pied sur la musique de merde quand Franck lui indiqua un midi, « Sandro ! Music ! Top ! » Et ce, tout en levant le pouce avec un sourire jusqu’aux oreilles. Trop tard… le mal était fait, Sandro n’y avait pas vu de l’ironie et l’avait pris pour argent comptant.

C’est à partir de ce moment que tous nos moments rassemblés furent associés à de la mauvaise dance d’un autre âge sur un haut-parleur de ce foutu smartphone que Sandro parvenait chaque nuit à recharger à l’aide d’un groupe électrogène et une prise secteur clouée sur un arbre…

Bref, ce soir-là nous étions tous concentrés à pêcher puis relâcher nos Acoupas quand un poisson remonta à la surface à proximité du bateau guidé par Sandro.

Nous étions à une bonne cinquantaine de mètres de lui et avions du mal à voir ce qui se passait réellement. On échangeait donc en français entre les bateaux pour comprendre ce qui était en train de se passer sous nos yeux :

–          « C’est un Acoupa qui se débat à la surface ?

–          Tu crois que c’est un de ceux qu’on a relâché et qui a fait un accident de décompression ?

–          Oui sûrement je pense…

–          Attends, on dirait que c’est sa vessie natatoire qui ressort de sa gueule

–          Non on dirait plutôt un leurre je trouve

–          Déconne, comment un poisson pourrait remonter en surface avec un leurre dans la gueule ? aucun de nous n’a cassé

–          Ben c’est peut être les Brésiliens de l’autre jour alors…

–          Ah ouai… mais c’est bizarre qu’il remonte seulement maintenant non ?»

Puis l’Acoupa se mit à bouger en surface, ou plutôt à se rapprocher du bateau de Sandro pendant que celui-ci ramenait sa ligne à Silure, étrange scène à laquelle nous assistions.

C’est finalement un pêcheur présent à bord du bateau de Sandro qui nous révèlera le pot aux roses :

–          « Il a un gros popper dans la gueule ce poisson

–          Nan… mais t’es pas sérieux là ? tu déconnes !

–          Si si ! je te jure ! Il a un popper dans la gueule ce poisson »

Sandro ramenait sa capture au bateau lorsque sur un dernier coup de tête, celle-ci finira par se décrocher. Franck, sur un bateau voisin, m’expliquera ensuite la malice du bonhomme.

Voyant que tout le monde faisait pêche en profondeur et qu’il n’avait pas le matériel pour cette technique. Sandro fouilla dans le fond de sa barque dans laquelle trainait un vieux popper de bonne taille qu’il avait soit disant trouvé dans un arbre. Il démonta alors son hameçon 14/0 à siluridés pour le remplacer par le fameux popper tout en laissant son câble d’acier tout dévoré par les piranhas. L’olive plombée de 150 grammes se chargea ensuite de faire couler le montage pour présenter le popper à quelques mètres du fond étant donné que le leurre était flottant. Il procéda ensuite à une série de jerks pour animer le popper dans 20 mètres d’eau, irréel…

L’effet escompté ne tarda pas à faire mouche, un poisson se jettera rapidement sur le popper subaquatique et, se sentant piqué, remonta comme une balle en surface (comme ils le faisaient tous à chacun de nos ferrages).

Voilà qui explique comment on peut retrouver un Acoupa en train de se débattre en surface avec un popper à carangidés dans la gueule en pleine forêt Amazonienne par 20 mètres d’eau.

L’histoire était tellement belle que Franck ne put s’empêcher d’offrir à Sandro le jour de notre départ, un popper avec une olive de 60gr, il l’avait bien cherché le bougre. Pour ma part je lui aurai bien fait écouter du « Lorie » pendant quelques heures histoire de le détendre et de lui rendre la monnaie de sa pièce en toute sympathie.

Goodbye

Ce dernier jour, nous avions quand même quelques scrupules à avoir piqué tous ces poissons lors de notre séjour et on se demandait si on avait matraqué le banc d’Acoupa plus que de raison.

Ce sont les Acoupas qui se chargeront de nous faire une réponse en grognant en grand nombre sous le bateau, nous pûmes ainsi passer enfin quelques minutes à écouter ce concert subaquatique hors du commun au beau milieu de nulle part avec notre faible ouïe d’occidentaux.

Les Acoupas étaient occupés à chanter et de toute façon ne mordaient plus, nous avons quitté cette fosse magique pour sûrement ne jamais y revenir, l’épilogue ne pouvait être plus parfait.

Ces poissons grogneurs nous auront prouvé que même au bout du monde, il faut quelquefois savoir se débrouiller tout seul et que même si nous ne parlons pas la même langue, la pêche peut faire fluctuer entre nous, des émotions indescriptibles.

Sandro, les bras levés au ciel et le « King » en arrière plan… la Pêche… Une histoire de partage et d’hommes

Aujourd’hui je peux dire que le rêve est devenu réalité, aujourd’hui je peux dire que j’ai pêché en Amazonie une fois dans ma vie… Et c’était vraiment bien…

écrit par Joss'

La pêche ne peut être vraiment valorisée que si elle est pratiquée dans la difficulté, c'est une activité dépourvue de vérités mais sublimée de magnifiques histoires...

4 réponses à "Acoupas à coup sûr"

  1. Mammifere says:

    Très bon. Peut on savoir en quelle année l’histoire se trame?

    Répondre

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