La fibre moderne

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coyolles

Samedi dernier, j’étais chez Céline et Vincent à Coyolles pour — au milieu d’un programme chargé en termes de tests, ripailles, chambrages et bon esprit général — mettre la main sur une canne custom, la EM Fishing SWIFT Epic 480. La particularité principale de cette canne est d’être (impeccablement) montée sur un blank en fibre de verre. Depuis quelques temps, ces nouveaux designs font le buzz sur la planète fly, je voulais en avoir le cœur net. Je n’ai pas été déçu.

Note : On trouvera à la fin (**) quelques remarques utiles pour mettre ce retour en perspective. Ça peut valoir le coup d’y jeter un œil…

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INGREDIENTS

— Blank Swift Epic en fibre de verre à l’huile de serpent et la poudre de perlimpimpin (aka. Unidirectional S2 Glass), couleur ambre
— Anneau départ TiCH 9
— Anneaux Snake Brand Universal Guides Black
— poignée custom liège Flor
— Porte-moulinet culot-bague bleui sur insert de ronce de pavier (Buckeye Burl stabilisé)
— Ligatures soie naturelle Light Olive, liserés Gossamer violet

PRISE EN MAIN

La première chose qui frappe au moment où on prend la canne en main, c’est la qualité du liège. Ce n’est pas une question d’absence de défauts visuels, c’est le toucher qui est fantastique : ce liège est doux, genre les fesses du petit jésus. Un truc vraiment vraiment réussi, le genre qu’on veut plus lâcher, et j’apprécie aussi la forme en cigare. Ça commence bien…
La couleur du blank est légèrement différente de ce à quoi on s’attend au vu des photos. La fibre de verre est translucide, sa couleur dépend donc beaucoup de la lumière ambiante. Sous le ciel gris de ce samedi matin, on est loin du jaune solaire des photos : le ton ambre est plus terne, plus discret aussi.

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La préparation des pieds d’anneaux absolument impeccable. c’est un détail de grande importance parce qu’il commande la qualité de la ligature et parce que les ligatures en soie, dans le grand style traditionnel, sont parfaitement transparentes. Pas question de s’en servir comme cache misère.

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Bien entendu, les ligatures elles-mêmes sont tip top. Réalisation nickel, ça va sans dire, mais surtout pas de longueur inutile : il y a ce qu’il faut, et rien de trop. Le liseré en Gossamer violet est un accent de bon goût pour border la ligature olive pâle.
(Si vous avez déjà monté une canne, et photographié le résultat, et que vous êtes donc familier avec la brutalité impitoyable d’un objectif macro pour le fruit de notre labeur, vous devriez apprécier ce qu’on voit là.)
PM bague, down-locking, impression de luxe de l’acier bleui et de l’insert en ronce de pavier (excusez du peu). Là encore, grosse sensation de classe traditionnelle. Installer mon Switch de combat sur ce PM me donne l’exacte impression de garer un 4×4 Lada crotté et plein de bosses devant le casino de Monaco. Gourmandise punk.

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ESSAI
J’ai passé en tout une petite demi-heure à jouer avec cette canne.
Une demi-heure au bord de l’eau, à envoyer ma soie dans tous les sens, mais aussi avec une peute en 14 sur la pointe et avec l’envie de faire une truite, quand même…
Cela signifie que les impressions qui suivent sont (i) un peu superficielles, bien entendu ; (ii) mais de vraies impressions de pêche, pas seulement de casting sur gazon ou sur parking, et encore moins un secouage de nouille en magasin ; (iii) et quand même conduites avec un peu de rigueur.

Config

moulin Airflo Switch 46 (160g). Equilibre relativement bon, mais un peu bas dans la paume tout de même. On voudrait peut être un moulin un poil plus léger…
Soie Barrio Mallard WF4F (plutôt fine et légère, un profil discret, pas trop de masse en tête).
Bdl 3,5m.

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Premiers mouvements

Browse apartments for rent in Boston, Massachusetts by comparing ratings. . Fabricante de salas en cuernavaca morelos, calidad excelente, visite nuestras mueblerias. La canne est légère, vraiment très agréable quand on la met en mouvement. La différence avec un carbone n’est pas flagrante. Le Unidirectional S2 Glass, si on veut bien laisser le marketing bullshit de côté, est un matériau qui n’a clairement rien à voir avec celui qu’on utilisait pour faire les cannes de mon enfance. L’action n’est évidemment pas extrême, on s’en doute, mais c’est un blank réactif, avec une belle action de pointe.
Au fond, je crois que c’est la raison principale qui explique pourquoi ces blanks marquent à ce point les esprits de ceux qui les testent : les qualités de la  canne (légèreté, relative rapidité) sont justement là où on attendait des défauts. C’est une canne contre-pied.
Quoi qu’il en soit, il y a du poids sur cette pointe, là où il n’y a presque plus rien pour les meilleurs fleurets de carbone. Le scion a une certaine inertie, qui est je crois ce que Hayes veut dire quand il dit que la canne donne beaucoup de feedback : on sent particulièrement bien ce que la canne est en train de faire.
Départ avec 2 m de soie dehors, je fouette pour allonger. J’ai beau le savoir d’avance, et tenter de prévenir le phénomène, mais je force. La canne travaille trop profondément, zéro contrôle, c’est pas bon. Je fais un effort consciemment redoublé pour ajuster mon geste à la canne. Contrôler mon d’impulsion, moins sèche. Penser « beurre », penser « velours », penser « smooooooth ».
Très vite, je relâche mon geste, je tâche de trouver l’impulsion qui laisse la canne travailler à ma place. La boucle se resserre : on se fait vite à cette action, la soie se déploie, et on commence tout de suite à s’amuser.

La température monte

Une fois que l’on s’est fait au tempo particulier de la canne et qu’on mesure un peu l’énergie nécessaire à faire partir une boucle, la canne apporte de belles sensations. Les roulés sont évidemment faciles : l’inertie — encore elle ! — charge la canne même sans le poids de la soie, et aide à trouver la bonne trajectoire du tip. Pourtant, le roulé n’est vraiment pas mon point fort.

Mc Neil, le concepteur des blanks, faisant le malin

Mc Neil, le concepteur des blanks, faisant le malin avec une Epic

Le travail à bout portant est un régal. Viser une truite qui passe entre cinq et huit mètres est juste du plaisir. L’action particulière de la fibre de verre rend la propulsion des boucles courtes vraiment fun. La facilité à sentir la canne permet d’être assez précis dans le geste. C’est un des très gros bons points de l’Epic. Les mendings aériens, fastoche, envoyer du mou ici et là, on y arrive (enfin dans la limite de mes moyens). La canne me laisse faire.
Après un gros quart d’heure à harceler les arcs de Coyolles, décidément rétives à l’idée de monter en surface, voilà mon démon qui me reprend, et me susurre : pas chiche de sortir le backing… Les dernières cinq minutes de mon test, c’est le grand cirque, le n’importe quoi de la pêche, le pur plaisir d’envoyer sa boucle aussi près que possible de l’autre berge. Au meilleur de ma forme et sans vent, je peux poser droit 23 ou 24 m d’une Mallard 4. Là je n’ai jamais approché les 20 m. Trop loin de mes sensations habituelles. Je pourrais me dire que c’est la canne qui n’est pas faite pour ça, mais Peter Hayes, qui sort le backing sur la 580, me rigolerait au nez. Je pense qu’on peut pêcher loin avec une Epic, même si — en effet — ce n’est pas forcément son cœur de métier. Une des vertus de cette séance de bourrinage est de m’avoir fait sentir la réserve de puissance. Cette fibre de verre n’est pas parabolique pour un sou. Si vous êtes là pour sentir le blank qui plie dans votre main — je conçois parfaitement qu’on aime ça — passez votre chemin : la moitié inférieure du blank est très puissante, ça ne plie pas (j’y viendrai plus bas).

CONCLUSIONS

J’ai rendu la canne à Eric avec beaucoup de réticence. J’ai le sentiment d’avoir encore beaucoup à explorer et à découvrir avec l’Epic. Les sensations sont riches et on se prend à expérimenter des gestes juste pour voir ce que ça fait. C’est à mon sens une très bonne chose. C’est une canne pour amoureux de la pêche à la mouche, une canne qui devrait vous rendre l’amour que vous lui donnez.

L’inertie / la densité du matériau, ou quoi que ce soit qui lui donne ce feeling si particulier, aide à doser et rythmer le geste. Elle induit assez peu d’oscillations parasites dans la soie — en particulier pour une fibre de verre. Quiconque a, canne en main, des envies de douceur et de finesse devrait trouver dans une Epic un moment de bonheur.

Carl McNeil, le gars qui a conçu les blanks Epic, est un néo-zélandais. Ça se sent : son problème à lui, c’est de pouvoir poser avec délicatesse une nymphe sur H16 devant le nez d’une arc sauvage de 3 kg dans un jus de folie, et être capable de faire face au chaos qui suit le ferrage. Un des arguments en faveur des Epic, c’est leur fabuleuse réserve de puissance. Evidemment, je doute que ça concerne beaucoup le pêcheur de France sur ses terres… sauf quand il faudra allonger franchement le tir.

En fait, l’Epic est championne sur ces programmes composites. C’est la canne parfaite pour ceux qui sentent tout ce qu’on a gagné avec les blanks modernes, mais qui regrettent les sensations des fibres plus… sensibles / lourdes / souples / lentes / moelleuses / avec une âme (mettez l’adjectif qui vous offensera le moins).

Peter Hayes la 580, et un saumon. J'aurais vraiment dû prendre une truite.

Peter Hayes, l’Epic 580, et un saumon. J’aurais vraiment dû prendre une truite.

Mon principal regret : que les truites aient snobé ma peute. J’aurais vraiment bien aimé voir ce que donne la fibre de verre avec une arc fâchée au bout de la ligne. En même temps, j’osais pas trop, je voulais (et devais) rendre la canne en parfait état. Plus tard, j’ai lu partout que j’avais vraiment tort de m’en faire… C’est un des gros points de vente de la fibre de verre, mais je n’ai pas testé ce côté des choses : il semblerait qu’on puisse grimper debout dessus, s’en servir pour se frayer un chemin à travers les broussailles, voire les hordes de zombies. La rumeur prétend que la fibre de verre, même le Unidirectional S2 Glass of the death, c’est indestructible. C’est tant mieux parce que c’est pas donné, cette affaire là. Même si franchement, le prix reste très correct pour un montage et des matériaux de ce niveau. On paye pas moins pour une canne des marques célèbres.

Détails

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Le tube est bien réalisé, il est en cordura. On a vu plus flashy, plus classy, mais certainement pas plus efficace. Il est léger et solide, peu agressif pour ce qui l’entoure, et le bouchon est solidaire du tube, du coup on ne peut pas le perdre. C’est bien. Perso je suis un fan des tubes en PVC, pour leur côté punk, mais a priori le gars qui achète une EM Epic n’est pas vraiment un punk.
La housse intérieure est vraiment chouette, épaisse, bien coupée, avec un rabat scratché qui fait parfaitement son job. Je l’aurais bien embarquée quand Eric avait le dos tourné. Mais comme j’ai pas de 8′ en trois brins en ce moment, j’aurais été obligé de lui piquer la canne aussi, et avec son caractère de lorrain, il aurait été fichu de mal le prendre…

A l’heure où nous publions…

EM Fishing est devenu officiellement monteur et dealer Epic (un double titre qui claque, faut le reconnaître). Si vous voulez monter de la fibre de verre moderne, n’hésitez pas à voir ça avec le bonhomme. Dites-lui que vous venez de ma part…  ^_^

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** Un peu de perspective.
(a) Eric, le patron d’EM Fishing, est un ami. Mais on s’est rencontrés sur le terrain du montage de cannes, et sa rigueur et sa compétence ont forcé mon respect avant qu’on finisse par sympathiser. Parce que c’est un ami, bien sûr, je n’aurais pas démoli son travail ici : je me serais contenté de ne pas en parler. Mais il se trouve qu’il travaille comme un chef, et surtout qu’il comprend en profondeur ce qu’est une canne, comment elle travaille, ce qui est important et ce qui est cosmétique. Cette compréhension se sent dans ses montages. Dans cette review, la seule chose qui soit due au copinage, c’est l’occasion : si on n’était pas potes, je n’aurais jamais pu essayer l’Epic. Merci à toi, Eric !

(b) C’est ma première fibre de verre. Je n’ai donc pas vraiment de point de comparaison. Je me suis fait la main sur des cannes très très pointe (AA>70°) principalement des MHX, et quelques autres, une Loomis NRX 8wt, une TCR 590 aussi. Une canne dont je suis tombé fou amoureux est la TCX 790. A priori je ne suis donc pas le client fiberglass.
Pire : je suis un peu un fondu du casting. Mais j’ai tripoté beaucoup de carbone, j’en ai testé pas mal, j’en ai monté pas mal aussi. Disons que j’ai une compréhension raisonnable de la mécanique du système corps/canne/soie dans le cycle de lancer, assez pour discriminer un peu, dans ce que je ressens, ce qui vient de la canne et ce qui vient de moi.

écrit par G0ne Fishin9

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